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dimanche 4 mars 2012

Voir la neige en Palestine et mourir


2 Mars 2012. De la neige en Palestine, c’est aussi rare qu’une averse au milieu du désert. Un jour de neige est, officieusement bien sûr, un jour férié en Palestine, et pour cause, il n’avait pas neigé depuis 2002. A peine quelques millimètres d’épaisseur et le pays tourne au ralenti, les enfants ne vont pas à l’école et tout le monde s’en réjouit. Même Walid, l’épicier aigri du quartier avait le sourire aux lèvres. Ça arrive peut être une fois tous les dix ans, mais j’ai eu l’immense privilège de pouvoir participer à l’immense bataille de boules de neige organisée à l’improviste par les jeunes du camps. Du bonheur à l'état pur...



La clé du retour sous la neige 

lundi 12 décembre 2011

Un Bantoustan en Israël

Dimanche 11 Décembre.  Camp de réfugié de Shuafat. Jérusalem-Est.

L'entrée du camp
Shuafat est le seul camp de réfugiés palestinien sous la juridiction de Jérusalem. Les habitants ont le statut de résidents permanents, mais ne sont pas titulaires de la nationalité israélienne. 

Je voulais d'abord y aller pour me rendre compte de l'étendue du mur d'enceinte qui encercle depuis peu l'intégralité de la zone, et effectivement les 11 000 résidents vivent désormais à l'ombre. Comme partout dans les territoires occupés, l'entrée du checkpoint principal est une véritable passoire, et je n'ai pas été inquiété par les soldats qui contrôlent les sorties.  
L'odeur de pourriture qui règne dancs ce camp est saisissante. Les  militaires israéliens semblent même en souffrir. L'hygiène y est déplorable du fait d'une situation de surpeuplement couplée à une mauvaise gestion des déchets. Pour moi, c'était comme retourner à Sabra et Chatila. A une dizaine de minutes en bus des quartiers chics de la ville,  Shuafat intra-muros illustre l'incroyable contraste entre l'Est et l'Ouest.

Après quelques minutes d'égarement, je me suis retrouvé en plein milieu d'une émeute. C'est assez rare pour un Dimanche. Comme dans beaucoup de manifestations ici, les plus jeunes se retrouvent  de plein gré, en première ligne face aux forces de sécurité. Des enfants à peine plus âgés que mon frère s'empressent de briser des blocs de pierre sur le sol avant de lancer les débris sur la troupe. Je me demande parfois ce qui les pousse à prendre tant de risques. Est-ce l'expression d'un profond désespoir ou la quête universelle d'adrénaline propre à l'adolescence?

Après avoir montré patte blanche devant le garde en faction, j'ai pu quitter cet enclos humain sans grandes difficultés avec le sentiment que beaucoup d'israéliens ne connaissent pas le prix de leur sécurité.

Un jeune lanceur de pierres anonyme

lundi 20 décembre 2010

Sabra et Chatila

Octobre 2010, pourquoi visiter un camp de réfugié palestinien lorsque l'on a strictement rien à apporter ? Cette question je me la suis posée et je me la pose encore. Quel est l’intérêt pour un européen de se rendre dans un lieu qui ne figure certainemnet  pas dans le guide du routard. Est-ce la quête de l’adrénaline ? Est-ce pour dire de retour en Suisse « je suis allé à Sabra et Shatila » ? Pour ma part, c’est un mélange de curiosité malsaine et d’esprit de contradiction. Que ça soit, l’université chrétienne où je fais mes études, ou l’ambassade française en passant par le département fédéral des affaires étrangères, il est fortement déconseillé de s’aventurer dans ce genre de contrés « hostiles ». Pour preuve, la plupart des libanais avec lesquels j’ai discuté n’y ont jamais mis les pieds. Il est vrai, que le choc culturel est collossal lorsqu’on passe en l’espace d’un quart d’heure, d’un quartier occidentalisé du centre ville, à la banlieue sud de Beyrouth. L’inégalité est à son comble.
Il y a plusieurs choses frapantes qui sautent aux yeux à quiconque pénètre dans le camp palestienien. Le périmètre n’est pas un endroit clos avec un accès sévèrement controlé. N’importe qui peut y rentrer ou en sortir à son gré. J’ai même été surpris d’apprendre que la population y habitant n’était pas composée uniquement de Palestiniens, mais aussi de familles libanaises aux revenus modestes. L’Etat y est totalement absent : le maintien de l’odre se fait à travers les milices du Fatah et du Hamas qu’on croise de temps à autre, le ramassage des ordures n’est pas assuré.
Bref, les gens vivent dans du provisoire qui dure depuis près de 60 ans dans l’attente d’un hypothétique retour en Palestine et ceci dans l’indifférence totale des classes dirigentes. Tout est fait pour rappeler au réfugé qu’il est justement un réfugié et rien d’autre. C’est la Nakba, la grande catastrophe, qui a précipité des milliers de familles à  venir trouver refuge au Liban. Ils ont tout quitté, persuadé d’un retour imminent au point  de conserver la clé de leur maison.  Alors depuis 49, date de la création du camp de Sabra et Chatila, on cultive ce souvenir pour savoir d’où l’on vient. Les photos gigantesques de la mosquée Al-Aqsa, affichées aux intersections sont là pour ne pas l’oublier, comme cette fameuse "clé du retour" qu’on transmet aux générations qui n'ont jamais foulé la terre promise.